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Une courte nouvelle pour les futurs 100 ans de l'État d'Israël

Dernière mise à jour : 2 janv.

Récemment, Loïc Le Clerc, journaliste, m'a contacté par mail en m'écrivant ceci : "je vous contacte car j'ai pour projet de publier aux éditions Arcane 17 un recueil de nouvelles de "politique-fiction" auquel j'aimerais que vous participiez. L'idée est la suivante : nous sommes en 2048, Israël célèbre (ou pas) le centenaire de son indépendance. Vous êtes à Jérusalem. Quel Israël, quelle Palestine voyez-vous ? Quelle situation politique, quelle ambiance ? Je vous donne carte blanche !"


J'ai été touché, voire même un peu honoré (ah, l'ego...), et bien sûr j'ai accepté, sans savoir à ce moment-là ce que j'allais bien pouvoir écrire... Un peu de temps s'est passé et puis, d'un coup, plein de petites briques éparses, des souvenirs anciens et des préoccupations du moment, se sont assemblées sans rien dire; et, comme souvent, la trame a été là sans moi. Ne restait plus qu'à écrire...


J'ai profité de jours plus calmes en cette période de fêtes pour le faire. La nouvelle s'intitule "Trop tard" et en voici le début. En ces temps de repas familiaux qui durent, les "amuses-bouches" sont de saison, n'est-ce pas ? J'espère que vous trouverez celui-là à votre gout...


"Chaque jour, le même franc rayon de soleil le réveille. Il tombe en oblique d’un des vitraux de l’église, sans que Wajdi n’ait jamais réussi à savoir lequel. Il baille, s’étire, secoue trois fois les longs cils de ses yeux, puis se redresse en arquant en même temps ses genoux. Il sent alors dans tous ses os combien la dalle est dure sous le pauvre matelas qui lui sert de couche. Il aurait pu l’installer dans la chapelle de l’Invention de la Vraie Croix, là où un peu de terre meuble affleure, mais en vrai descendant d’une famille venue du désert pour se fixer à Al-Quds sous Saladin, il trouve qu’il y fait trop frais — ce qui est un comble en ces temps où toute fraîcheur a quitté les trois quarts du globe. Ces temps ont réellement commencé en l’an 2028, celui qui ne fut qu’un torride été…


Cela fait donc vingt ans que Wajdi Nuseibeh, fils de Wajeeh, a élu domicile au pied de la colonne la plus isolée du chœur Sainte-Hélène : entre l’étroit escalier qui mène à ce qui reste de la carrière du Golgotha et celui, plus large, qui conduit à l’étage principal du sanctuaire, il passe un courant d’air agréable, même au pire moment de la journée. Et les journées sont longues pour celui qui n’est resté que pour ouvrir et fermer, comme son père, son grand-père, et nombre de ses aïeux avant lui, la porte de bois clair du Saint-Sépulcre.


L’ouvrir et la fermer pour qui ? Quels pèlerins ? Quels touristes ? Ni lui ni Saïd Joudeh, fils de Adeed, ci-devant gardien des clés de la porte, ne le savent plus. Mais ils s’en moquent et en rient, sans bruit, en jouant tout le jour aux échecs ou aux chevaux là où dort Wajdi. Saïd et son épouse Sama occupent, eux, la chapelle de la Sainte-Prison, et pas question d’y jouer, voire même d’y boire un thé de terre en bavardant, car, depuis la Grande Sécheresse — l’autre nom de l’an 28 — et le début de l’Âge de Feu, Sama ne se lève plus et gémit quand elle ne pleure pas. Même en dormant elle gémit. Et jamais elle ne donnera d’enfant à Saïd. « A quoi bon de toute façon ? » dit souvent le gardien des clés à son ami Wajdi..."


La suite a priori dans quelques mois — mai 2023 m'a dit Loïc —, parmi une douzaine d'autres textes. J'ai hâte !

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