Destin et fiction en littérature

Dernière mise à jour : juil. 25

L'une des auteurs que je coache m'a posé cette question au hasard d'un échange de mails sur une nouvelle qu'elle est en train d'écrire : "le destin est-il plus fort que la fiction ?"


D'instinct, sans vraiment y penser, je lui ai répondu ça : "Le destin est un fil que quelqu'un tisse. Le libre arbitre ou la psychanalyse voudraient que ce fil ne dépende que de nous, les religions d'un être supérieur. En littérature, il dépend d'abord de l'auteur, jusqu'à ce que ses personnages s'en mêlent et s'en emparent, en fonction de ce que l'auteur a bien voulu écrire d'eux. Une fois posées leurs lignes et leurs contours, ils deviennent peu à peu autonomes, et plus rien ne peut les détourner de leur destin, pas même celui qui les a fait naître, s'il veut bien avoir un moment — disons pour simplicité à mi-parcours — l'humilité de s'effacer, de se laisser à son tour accompagné et guidé. Ecrire, c'est renverser les valeurs."


Je sais que cette histoire, souvent ressassée, du romancier qui laisse un moment la main à ses personnages et n'écrit plus soudain que sous leur dictée, peut faire rire ou sembler folle, mais depuis que je suis auteur de fiction, elle est une de mes seules certitudes, ou plutôt mon expérience vraie la plus vécue, et en même temps la plus inexplicable. Mais vraiment, ça se passe comme ça : soudain, nos personnages nous dépassent, comme nos enfants deviennent peu à peu tout autre que nous. Et dans les deux cas, il ne saurait arriver mieux...


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